William-Henri (partie 2)

>> vendredi 25 mars 2011

23 semaines

- Jeudi le 17 février
Le rendez-vous avec les gens de la génétique a lieu en après-midi. La conseillère nous dit que c'est de trés mauvais augure que tu aies un pli nuccal, que tu sois petit et qu'il te manque un rein. Un seul de ces symptômes peut passer mais les trois réunis sont sans doute le résultat d'une "condition". Elle nous explique que l'étude des chromosomes peut être négatif mais que le bébé est tout de même atteint de quelque chose. Il existe un nouveau test depuis 5 mois pour analyser encore plus en détails les composantes des chromosomes. Les résultats prendront au moins trois semaines. Alors que nous sommes toujours en attente des résultats de l'amniocentèse, qui devraient arriver dans une semaine et demie.

Elle nous demande si quelqu'un nous a parler de la possibilité de mettre un terme à la grossesse. En fait, il serait possible de provoquer l'accouchement mais il faut faire vite, puisque nous sommes si près de la 24e semaine de grossesse. À ce stade, comme le bébé est viable, il s'agit d'une autre procédure ou on doit injecter un médicament pour faire arrêter le coeur du bébé afin de donner naissance à un bébé mort-né. Le temps presse, nous avons à peine jusqu'à la fin de semaine pour se décider mais mon coeur connaît déjà la réponse. L'attente est insupportable et me rend folle. Par contre, mettre fin à la grossesse sur des doutes raisonnables d'une "condition" est le pire des supplices. Je sais dans mon coeur que si nous mettons fin à la grossesse, ce sera la fin de la famille. Il n'y aura plus de bébé dans notre maison, je n'ai pas la force de passer à travers une nouvelle grossesse. C'est donc une décision qui est lourde de sens pour mon coeur de mère.

Il faut faire vite et à la fin de la rencontre, il est clair qu'on s'enligne sur cette option. Nous n'avons pas l'énergie d'accueillir un enfant malade dans la famille. Tu n'es pas notre premier enfant, nous avons deux jeunes enfants qui nous en demandent beaucoup, tu n'étais pas planifié, etc. Mon instinct et mon esprit me rappellent tous les signes de doute depuis le début de cette grossesse : tu avais déjà une semaine de retard au prénatest, je ne prends pas de poids, tu es tout petit, etc. Il y a définitivement quelque chose qui cloche et tout ce que je souhaite, c'est que l'étude des chromosomes nous donnent une réponse pour justifier notre choix. Ce n'est pas un choix facile mais c'est le seul qui fait du sens dans notre contexte familial.

En partant, nous confirmons notre choix avec la conseillère en génétique. Elle contacte immédiatement l'hôpital général d'Ottawa pour savoir s'ils acceptent de nous prendre pour une interruption de grossesse. Ils refusent sous prétexte qu'il n'y a pas de diagnostic et que les trois signes (pli nuccal, petit bébé et rein manquant) ne sont pas assez significatifs pour mettre un terme à la grossesse. Ils nous recommendent de nous tourner vers Ste-Justine. Encore une fois, le temps presse, nous sommes à la limite des 24 semaines de grossesse.

- Vendredi le 18 février
La conseillère en génétique fait une demande en notre nom à Ste-Justine d'interruption de grossesse basée sur les trois symptômes problématiques de notre bébé. Ces derniers se rencontrent deux fois par semaine en comité inter-disciplinaire afin d'évaluer les cas comme le nôtre. Ces rencontres ont lieu les lundi et jeudi. Nous devons donc attendre lundi pour connaître leur verdict. Encore une pause ou on attend. J'ai terriblement de peine mais je suis certaine qu'il s'agit de la meilleure solution dans notre cas.

**********

24 semaines

- Lundi le 21 février
Nous attendons toute la journée pour connaître la réponse de Ste-Justine. Je laisse des messages à la conseillère en génétique sans retour d'appel. J'angoisse mais comme nous ne sommes pas certain que Ste-Justine acceptera notre demande et qu'en cas de refus, il nous reste l'option des États-Unis, je vais faire une demande de passeport afin d'avoir tout ce qu'il faut pour cette éventualité. Notre monde est sans dessus-dessous... Et encore une fois, personne à qui parler... Je pleure presque toute la journée au travail mais je ne parle à personne du dilemme qui nous afflige. J'ai terriblement peur de me faire juger, surtout dû au fait qu'il n'y a aucun diagnostic, seulement des suppositions sur lesquelles reposent notre décision.

- Mardi le 22 février
Finalement, le verdict tombe : Ste-Justine refuse notre demande. Par contre, ils acceptent de nous rencontrer jeudi lors de leur réunion multi-disciplinaire. On ne comprend pas trop pourquoi ils veulent nous voir mais on se dit que c'est notre chance de faire renverser la décision. Le rendez-vous est fixé le jeudi 24 février, la première journée des vacances de la garderie. Le ciel n'est pas de notre côté pendant cet épisode côté gardiennage avec la gastro et la semaine de mars. Par contre, mon beau-père est de retour de vacances et nous sera d'une grande aide dans les jours à venir pour s'occuper des garçons.

- Jeudi le 24 février
Départ de la maison à 4h du matin, direction Hôpital Ste-Justine pour notre rendez-vous de 7h30. On ne sait pas trop à quoi s'attendre mais on est ensemble, pour une fois. De plus, les résultats des chromosomes sont sur le point d'être connus. Ils sont prêts depuis mardi après-midi mais on attend les deux signatures requises pour connaître les résultats. À notre arrivée à l'hôpital, nous rencontrons une infirmière à qui on raconte toute notre histoire et nos angoisses. On explique à quel point les gens de la génétique du CHEO n'ont pas aimé les trois signes que tu présentes et à quel point nous ne sommes pas disposé à garder un enfant malade. Par la suite, elle nous envoie passer une échographie. Une autre chance de te voir. On te trouve beau, tu es tout petit et semble en pleine forme. On t'aime même si tu n'as pas encore de nom. Le radiologiste termine l'examen et nous dit qu'il voit bien deux reins! Ils sont petits mais il y a bien deux reins, de plus le liquide est clair et en bonne quantité, ce qui démontre que les deux reins fonctionnent bien pour le moment. Quel revirement de situation! De plus, il ajoute que le pli nuccal, à 24 semaines, ce n,est plus indicateur de rien et que ton coeur est en pleine forme. Tu es petit mais depuis la dernière échographie, à 22 semaines, tu as grandi de 2 semaines, comme prévu. Tout à coup, des trois symptômes inquiétant que tu présentais, il n'en restait qu'un seul : tu es petit mais tu suis ta courbe de croissance.

Incroyable! Ça change tout. Les gens de Ste-Justine sont très optimistes à ton propos. De toute évidence, les gens du CHEO ont été alarmistes. On rencontre un généticien qui est tout aussi optimiste et une obstétricienne. Le seul spécialiste qu'il nous reste à rencontrer est celui des reins. Il nous en dira plus sur la condition possible de notre bébé après le diner. Entre-temps, on appelle notre conseillère en génétique du CHEO pour savoir si les résultats sont disponibles (ce qui est non), et on lui dit qu'ils ont trouvé le 2e rein, il était tout simplement mal placé.

On va diner le coeur léger. Alors qu'on vennait pour plaider notre désir d'interrompre la grossesse, les gens de Ste-Justine nous ont rassuré sur ton état. En après-midi, on rencontre la spécialiste des reins et nous explique qu'on suivra la progression des reins intra-utérin afin qu'ils continuent de se développer.

Quel revirement de situation. On quitte l'hopital à 16h le coeur léger. Comme tu n'as pas encore de nom, ton père propose que ton prénom commence par la lettre M pour miracle ou R pour rein. On rigole un peu sur le chemin du retour mais surtout, on se remet en mode "bébé", et on n'en revient pas, nous aurons un bébé en juin!

On revient tard à la maison, juste à temps pour coucher les enfants. Ton père appelle sa mère et son frère pour annoncer les péripéties de la journée. Tout le monde est content et on s'écrase devant la télé pour la fin de la soirée, complètement épuisés de notre journée forte en émotions!

À 20h30, la conseillère en génétique nous appelle pour nous annoncer qu'elle a reçu les résultats des chromosomes et qu'ils ont trouvé quelque chose. Elle ne nous dit pas le nom de ton syndrôme mais c'est majeur. Il te manque un petit bout de code génétique sur le 4e chromosome et c'est très sérieux, c'est pire que la trisomie. Elle nous donne rendez-vous le lendemain pour nous en dire plus. Ton père et moi sommes totalement dépassés par les événements. J'ai dit que c'était le dernier clou dans le cercueil et il a ajouté que c'était fini, qu'on n'avait plus de bébé... Il a rappellé sa famille pour faire la mise à jour. Nous n'avons pas réagit, nous étions complètement au-dessus de nos émotions. La journée avait été une véritable montagne russe mais là, c'était la fin, tout simplement. On débarque et c'est tout.

- Vendredi le 25 février
On rencontre de nouveau les gens de la génétique du CHEO. Quand la généticienne a parlé de ton syndrôme, j'ai pleuré. Ouf! C'est encore difficile aujourd'hui d'y penser. Le tier des gens comme toi ne se rendent pas à 2 ans, la moitiée ne marchera pas, très peu vont parler. Ils ont des caractéristiques physiques identifiables, n'ont pas de tonus musculaire, la moitiée fait de l'épilepsie, plusieurs ont des conditions cardiaques et ou renales (comme toi), et j'en passe. Tu es atteint du syndrôme de Wolf-Hirschhorn. Les chances sont de 1/50 000 d'avoir un bébé avec ce syndrôme avec une proportion de 2 filles pour un garçon. C'est donc dire que nous avons gagné la loterie des maladies génétiques.

Ce diagnostic change tout dans la décision de l'Hopital général d'Ottawa de mettre fin à la grossesse. Le rendez-vous est fixé le lundi suivant. Il nous reste à peine quelques jours ensemble et ensuite tout sera terminé.

Ton père et moi sommes soulagés. Ils ont trouvé quelque chose qui justifiaient notre choix et nous avons eu l'incroyable chance de ne pas mettre au monde un enfant lourdement handicapé physiquement et mentalement. Mais en même temps, j'ai de la peine que notre histoire se termine de cette façon... Si tu avais été en santé, on t'aurais pris tout entier mais malade, c'est une autre histoire. Si tout arrive pour quelque chose, tu seras passé dans nos vies pour nous apprendre à apprécier ce que nous avons, à prendre soin de ce qui est précieux et vivre le moment présent. Si nous n'aurons pas d'autres enfants, c'est à la fois un don du ciel et une leçon de vie.

Toujours sans nom, ton père suggère qu'on t'appelle William-Henri pour se rappeller ton syndrôme (W-H). J'accepte et suggère qu'on ajoute mon nom de famille (qui commence par un S) pour avoir toute les lettres dans l'ordre (en anglais), le Wolf-Hirschhorn Syndrom. Ainsi, on ne pourra jamais oublier.


À suivre...

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William-Henri (partie 1)

>> jeudi 24 mars 2011

Voici notre histoire, telle que je l'ai vécue.

5 semaines (28 septembre 2010)

Nous sommes un samedi, à la fin septembre 2010. Je retourne travailler lundi après mon congé de maternité de Charlie. Ça va me faire du bien parce que mon congé n'a pas été bien "équilibré" et que mes tâches à la maison me rendent un peu folle. Je ne me sentais pas bonne dans rien : ni dans la planification des repas, dans le lavage, le ménage et toutes ces tâches qui reviennent et qui ne se terminent jamais. J'essaie de remettre de l'ordre dans ma vie, j'ai commencé à me mettre en forme et faire attention à mon alimentation. Et je commence à faire mon deuil d'un troisième enfant puisque j'ai vraiment les mains pleines avec tes deux frères.

Mais mon corps m'envoie des signes et mon esprit doute. C'est pourquoi je fais le test de grossesse, malgré la prise de Micronor. Et bien que rose pâle, la deuxième ligne apparaît, confirmant ta présence.

J'en suis toute retournée. Tu n'étais pas dans nos plans, ni dans notre budget, ton arrivée est attendue au mois de mai 2011 ce qui n'est pas un bon temps pour les places en garderie, notre voiture ne peut pas recevoir un troisième siège d'auto... Tant de choses se bousculent dans ma tête. C'est insensé, c'est chamboule tout et ça rempli mon coeur de bonheur : je donnerai la vie pour une troisième fois.

Quand j'annonce la nouvelle à ton père, il n'en croit pas ses oreilles. Il veut voir le test, doute de la certitude du test, va en acheter un autre à 15 minutes de la fermeture de la pharmacie. Tout se bouscule dans nos têtes, la logique et la logistique nous tient occupés mais nous acceptons ta présence comme un don du ciel.

Je vais jouer au bingo en soirée avec une amie et je ventille avec elle. Je suis à la fois excitée et déboussolée : je vais avoir un bébé au printemps.

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12 semaines (21 novembre 2010)

Je fais le prénatest, comme aux deux autres grossesses. Je ne voudrais pas d'un enfant trisomique ou ayant une importante malformation. De plus, ça nous donne une occasion de te voir pour la première fois, tout petit, ayant tant de place dans ton nid douillet.

Ton père était très préoccupé par la logistique des voitures dans les semaines précédentes. Il a magasiné un nouveau véhicule qui répondrait à nos besoins et à fait une offre d'achat pour un VUS conditionnelle à ce qu'il y ait un seul bébé à l'échographie. Tu es bien seul dans mon ventre mais mon instinct me dit qu'il aurait dû faire l'offre conditionelle à ce qu'il y ait un seul bébé "en santé".

Enfin, la technicienne débute l'examen. Elle mesure de la tête aux pieds, mesure encore et encore pour nous dire que les dates ne sont pas bonnes. Tu es trop petit pour le nombre de semaine, il te manque deux millimètres pour que les mesures soient bonnes. On repousse donc la date dûe d'une semaine et on revient une semaine plus tard pour refaire l'échographie.

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12 semaines (29 novembre 2010)

De retour à l'échographie du prénatest. Enfin, tu es assez long pour faire le test et tu es, selon leurs mesures, à 12 semaines. Dans ma tête, c'est impossible. Il est vrai que j'utilisais le Micronor et que je n'avais pas de cycle régulier sur lequel se fier étant donné mon très récent retour de couche mais il n'y a pas eu beacoup de "rapprochements" en septembre et une seule date est possible pour ta conception. Je me rappelle mes cours d'éducation sexuelle ou on nous dit que les spermatozoides peuvent survivrent jusqu'à 5 jours dans le corps de la femme. Ma logique garde cette hypothèse pour expliquer le décalage entre la date prévue de la méthode calendrier et la nouvelle date prévue suite à l'échographie. Pour compléter le test, je vais également faire une prise de sang.

Jusqu'ici, tout se déroule bien. Je suis fatiguée (qui ne le serait pas avec deux jeunes garçons, un retour au travail et une troisième grossesse??). Les gens à mon travail sont au courant que je suis enceinte. Une collègue (qui a trois enfants) me dit que je ne suis vraiment pas grosse pour une troisième grossesse, que sa 3e grossesse a parue très vite, alors que moi, ça ne paraît pas beaucoup. C'est vrai, elle a raison, mais ma tête cherche une explication et la seule qui retient mon attention est que tu dois être une fille!!! Comme j'ai eu deux garçons à partir du même moule, tu dois être une fille si ma bédaine n'est pas aussi grosse. Ce doute trotte dans mon esprit et me fait sourire à l'idée d'avoir une fille pour terminer la famille.

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20 semaines (28 janvier 2011)

Les semaines passent sans problème. On a survécut aux fêtes et au rhume qui a suivit. Nous sommes ENFIN à l'échographie de 20 semaines. Je suis encore toute petite, j'ai pris à peine 5 livres depuis le début de ma grossesse et je saurai ENFIN si tu es un garçon ou une fille.

J'ai appris que notre compagnie d'assurance ne remboursait plus les échographies dans les cliniques privées alors je me suis tournée vers le système de santé publique pour cette échographie de 20 semaines, c'est-à-dire l'hôpital de Gatineau. Je suis accompagnée de ton père. Il y a du retard dans les rendez-vous et nous en profitons pour faire des paris : il dit que tu es un garçon, je pense que tu es une fille. Ton père me dit : "ne sois pas déçue si c'est un garçon. L'important est qu'il soit en santé!"

C'est évident! C'est tout ce qui compte : un garçon ou une fille, on s'en fout, c'est juste pour faire parler les gens, ce qui compte c'est la santé!

Notre tour arrive enfin. Dès le début de l'examen, je mentionne qu'on veut connaître le sexe. La technicienne prend ses mesures. Elle ne semble pas très expérimentée pour les mesures des bébés. Elle reprend plusieurs fois la même image. Elle dit qu'elle n'est pas satisfaite et va chercher une collègue. Celle-ci fait les images manquantes. Je ne manque pas ma chance de demander le sexe mais on me dit que le bébé est mal placé (derrière mon nombril) et qu'on ne peut pas voir... Dommage! Le radiologiste vient compléter l'examen et quand c'est terminé, il me dit que le bébé est mal placé, qu'il n'est pas échogène, qu'il y a beaucoup d'ombres et qu'ils n'arrivent pas à bien prendre leurs mesures. Il ajoute de ne pas m'inquièter, qu'il voit des tissus du cou épais et qu'il m'envoyait faire une échographie de deuxième niveau à l'hôpital d'Ottawa.

Je suis en larmes! Il veut me rassurer mais tout ce qu'il dit est du charabia. Comment veux-tu qu'une femme enceinte ne s'inquiète pas après un tel rapport?? Ton père ne s'inquiète, d'après lui, c'est la mauvaise technologie de l'hôpital de Gatineau qui est responsable, tu es correcte et on verra bien dans 2-3 semaines quand on va aller à Ottawa.

Je retourne au travail en larmes. Il y a un dîner-pizza et je pense que je suis assez forte pour aller chercher mes pointes déjà payées mais quand ma collègue me demande le sexe du bébé, je me sauve en pleurant à chaudes larmes. Je pleure tout l'après-midi. Je fouille sur Internet ce que veut dire des "tissus du cou épais". Je découvre que c'est un signe de la trisomie. Et je pleure encore plus. Je n'ai personne à qui parler, ton père pense que tout va bien. Juste y penser me brise mon coeur de mère.

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21 semaines

Le mardi suivant, je rejoins ma sage-femme et lui dit que ça presse, je veux un rendez-vous au plus vite à l'hôpital d'Ottawa pour une deuxième échographie. Elle ne comprend pas, elle a les résultats de mon prénatest et tout est beau. Il n'y a pas de pli nuccal, mes chances d'avoir un enfant trisomique sont de 1/3000, combiant mon âge et mes prises de sang. C'est très rassurant d'entendre ça. Mon coeur est soulagé et je me dit que finalement, c'est juste de la faute de l'équipement poche de l'hôpital de Gatineau s'ils n'ont pas bien pris leurs mesures.

L'Hôpital général d'Ottawa m'appelle pour fixer un rendez-vous la semaine suivante. Mais mon coeur est léger, je ne m'en fait plus, la vie est belle. En j'aurai une autre chance de savoir si tu es un garçon ou une fille.

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22 semaines

- Mardi, le 8 février
J'ai pris congé parce que je me rends à la Maison de naissance pour mon suivi de grossesse mais également pour faire mon test de diabète de grossesse. Je suis à jeûn, on fait une première prise de sang, je bois leur potion magique, on fait le suivi, on entend ton coeur, mesure ma bédaine, prend mon poids (encore seulement 5 lbs de pris). Quand vient le temps de la deuxième prise de sang, il faut 3 sages-femmes et près d'une demie-heure pour faire sortir quelques gouttes de sang. C'est de la vraie torture mais je tiens le coup. À la troisième prise de sang, c'est tout aussi pénible. Avant de partir, je répète à ma sage-femme que je suis rassurée sur l'échographie à venir et que tout va être correct.
Je retourne à la maison, je dine et je dors tout l'après-midi! Quand tes frères arrivent de la garderie, Olivier me dit qu'il a mal au ventre mais que ça va passer. Il ne demande pas de collation et juste avant le souper, il vomit tout son dîner. Merde, la gastro vient d'entrer dans notre maison!

Olivier est malade une autre fois en soirée. De tout évidence, il n'ira pas à la garderie demain, ce qui veut dire que ton père ne pourra venir avec moi à l'échographie, comme prévu. C'est pas grave, tout ira bien et j'en aurai la confirmation demain.

- Mercredi, le 9 février
Charlie n'est pas malade et va à la garderie alors que ton père va travailler en matinée. Je passe une belle matinée avec Olivier qui n'est plus malade. Quand ton père revient sur l'heure du midi, il n'est pas en forme... la gastro fait une autre victime dans la famille.

Je pars seule pour l'hôpital général d'Ottawa. Mon rendez-vous est à 13h30. Il y a deux techniciennes qui font mon échographie. Dès le départ, je dis que je veux connaître le sexe. Encore une fois, c'est impossible. L'examen est long, je commence à me sentir mal. Après une heure et demie à me faire écraser l'estomac, rien ne va plus. La gastro fait une troisième victime... Finalement, on m'installe dans une salle ou je dois attendre le médecin pour son rapport final. J'attends, j'attends, j'attends près d'une heure ou rien ne va plus pour mon estomac... Finalement, le médecin arrive et me dit qu'ils ont bien vu un pli nuccal, que le fémur est court et qu'il manque un rein. Ouf! Elle me déballe tout ça comme une douche froide. Je pleure et j'ai mal à mon coeur de mère. Elle me dit qu'elle a pris rendez-vous pour une amniocentèse dès le lendemain, 9h30. Parce que s'il y a une anomalie, est-ce que je veux le garder?? Sans réfléchir, je dis non. Bien sûr que non, je ne veux pas garder un enfant lourdement handicapé. Elle me répète qu'avant mon rendez-vous, je dois absolument rencontrer les gens de la génétique au CHEO (Children's Hospital of Eastern Ontario).

J'appelle mon mari, en larmes, pour lui raconter cet horrible épisode. Il n'en croit pas ses oreilles (lui qui croyait dès le départ que tout allait bien). Il me dit de rentrer prudement.

Je marche jusqu'à mon auto, déblaie l'auto d'une fine couche de neige et vomit dans le stationnement de l'hopital. Il est 16hrs, je suis à l'autre bout de la ville, je suis malade, anéantie et ça me prend une heure à me rendre à la maison. En arrivant, j'embrasse mes enfants, mes deux trésors et fond en larmes.

La gastro a fait une victime : la gardienne des enfants. La garderie est donc fermée pour le reste de la semaine et nous n'avons pas d'option de gardiennage. Ton père ne pourra pas m'accompagner à mon rendez-vous le lendemain. Je contacte une amie et lui demande de prendre congé pour m'accompagnée. Ébranlée, elle accepte.

- Jeudi, le 10 février
Je me suis présentée vers 9h en génétique au CHEO. Une conseillère en génétique m'a reçue dans son bureau et m'a expliquée que tu ne suivais aucun pattern particulier. Tu avais un pli nuccal mais mon prénatest était négatif, alors les risques de trisomie étaient à la fois possible et écartés. Tu étais petit (les mesures correspondent à un bébé de 20 semaines et non 22 semaines), tous tes os étaient courts mais ton abdomen était plus grand, ce qui est asymétrique. Tu peux être un nain mais il n'y a aucun moyen de le savoir. Le pli nuccal aurait pu être le résultat d'une condition cardiaque mais ton coeur était en pleine forme à l'échographie de la veille. Tu as un seul rein mais bien des gens vivent avec un seul rein sans problème. Enfin, l'étude des chromosomes, allait sans doute nous donner des réponses mais pas nécessairement. Tant d'incertitude mais tellement d'angoisse.

L'amniocentèse a été douloureuse mais nous y avons survécut tous les deux! C'est à ce moment que j'ai su que tu étais un garçon. Et j'ai versé quelques larmes parce que tu n'avais pas de prénom. Avec tout les tracas du quotidien, nous ne t'avions pas trouvé de nom provisoire... Les risques de fausse-couche étaient écartés après 24 heures et à part des crampes, il n'y a pas eu de travail prématuré. Il nous faut maintenant attendre les résultats et vivre un temps d'arrêt obligé. Un temps ou rien d'autre que le moment présent ne compte. Il n'y a plus de plan de vacances, plus de congé de maternité en vue, plus d'achat de meuble pour la chambre des plus vieux en prévision de ton arrivée, plus rien. Même plus le bonheur de te savoir avec nous. Je vis dans l'ambivalence complète: je ne sais plus si je t'aime, je ne sais plus si je suis contente de te sentir bouger. L'attente est difficile et on essaie de ne pas y penser.

- Vendredi, le 11 février
À l'heure du souper, la conseillère en génétique nous annonce qu'ils ont les résultats préliminaires de l'étude des chromosomes. Tu n'es pas atteint de la trisomie et tu es bel et bien un garçon. Quel soulagement! Mais en même temps, si tu avais été atteint de la trisomie, nous aurion sû quelle était la suite des choses alors que là, on retournait dans l'attente, l'angoisse, le questionnement, l'incertitude et le temps d'arrêt obligé.

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23 semaines

J'ai réussi a passer à travers la fin de semaine, car avec deux enfants, on n'a pas vraiment le temps de penser à autre chose. Lundi au travail s'est bien passé. Mais mardi, la conseillère en génétique m'appelle au travail pour me convoquer à un autre rendez-vous, avec ton père cette fois. Ils n'ont pas reçu de résultats mais aimerait discuter des possibilités avec nous. De plus, la généticienne sera présente au rendez-vous pour répondre à nos questions. Juste cet appel fait remonter à la surface les sentiments d'angoisse et de peine. La fin de la journée est difficile.

- Jeudi, le 17 février
Une semaine après l'amniocentèse, on rencontre de nouveau les gens de la génétique au CHEO. Cette rencontre est des plus difficiles émotivement.

(À suivre...)

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