William-Henri (partie 1)

>> jeudi 24 mars 2011

Voici notre histoire, telle que je l'ai vécue.

5 semaines (28 septembre 2010)

Nous sommes un samedi, à la fin septembre 2010. Je retourne travailler lundi après mon congé de maternité de Charlie. Ça va me faire du bien parce que mon congé n'a pas été bien "équilibré" et que mes tâches à la maison me rendent un peu folle. Je ne me sentais pas bonne dans rien : ni dans la planification des repas, dans le lavage, le ménage et toutes ces tâches qui reviennent et qui ne se terminent jamais. J'essaie de remettre de l'ordre dans ma vie, j'ai commencé à me mettre en forme et faire attention à mon alimentation. Et je commence à faire mon deuil d'un troisième enfant puisque j'ai vraiment les mains pleines avec tes deux frères.

Mais mon corps m'envoie des signes et mon esprit doute. C'est pourquoi je fais le test de grossesse, malgré la prise de Micronor. Et bien que rose pâle, la deuxième ligne apparaît, confirmant ta présence.

J'en suis toute retournée. Tu n'étais pas dans nos plans, ni dans notre budget, ton arrivée est attendue au mois de mai 2011 ce qui n'est pas un bon temps pour les places en garderie, notre voiture ne peut pas recevoir un troisième siège d'auto... Tant de choses se bousculent dans ma tête. C'est insensé, c'est chamboule tout et ça rempli mon coeur de bonheur : je donnerai la vie pour une troisième fois.

Quand j'annonce la nouvelle à ton père, il n'en croit pas ses oreilles. Il veut voir le test, doute de la certitude du test, va en acheter un autre à 15 minutes de la fermeture de la pharmacie. Tout se bouscule dans nos têtes, la logique et la logistique nous tient occupés mais nous acceptons ta présence comme un don du ciel.

Je vais jouer au bingo en soirée avec une amie et je ventille avec elle. Je suis à la fois excitée et déboussolée : je vais avoir un bébé au printemps.

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12 semaines (21 novembre 2010)

Je fais le prénatest, comme aux deux autres grossesses. Je ne voudrais pas d'un enfant trisomique ou ayant une importante malformation. De plus, ça nous donne une occasion de te voir pour la première fois, tout petit, ayant tant de place dans ton nid douillet.

Ton père était très préoccupé par la logistique des voitures dans les semaines précédentes. Il a magasiné un nouveau véhicule qui répondrait à nos besoins et à fait une offre d'achat pour un VUS conditionnelle à ce qu'il y ait un seul bébé à l'échographie. Tu es bien seul dans mon ventre mais mon instinct me dit qu'il aurait dû faire l'offre conditionelle à ce qu'il y ait un seul bébé "en santé".

Enfin, la technicienne débute l'examen. Elle mesure de la tête aux pieds, mesure encore et encore pour nous dire que les dates ne sont pas bonnes. Tu es trop petit pour le nombre de semaine, il te manque deux millimètres pour que les mesures soient bonnes. On repousse donc la date dûe d'une semaine et on revient une semaine plus tard pour refaire l'échographie.

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12 semaines (29 novembre 2010)

De retour à l'échographie du prénatest. Enfin, tu es assez long pour faire le test et tu es, selon leurs mesures, à 12 semaines. Dans ma tête, c'est impossible. Il est vrai que j'utilisais le Micronor et que je n'avais pas de cycle régulier sur lequel se fier étant donné mon très récent retour de couche mais il n'y a pas eu beacoup de "rapprochements" en septembre et une seule date est possible pour ta conception. Je me rappelle mes cours d'éducation sexuelle ou on nous dit que les spermatozoides peuvent survivrent jusqu'à 5 jours dans le corps de la femme. Ma logique garde cette hypothèse pour expliquer le décalage entre la date prévue de la méthode calendrier et la nouvelle date prévue suite à l'échographie. Pour compléter le test, je vais également faire une prise de sang.

Jusqu'ici, tout se déroule bien. Je suis fatiguée (qui ne le serait pas avec deux jeunes garçons, un retour au travail et une troisième grossesse??). Les gens à mon travail sont au courant que je suis enceinte. Une collègue (qui a trois enfants) me dit que je ne suis vraiment pas grosse pour une troisième grossesse, que sa 3e grossesse a parue très vite, alors que moi, ça ne paraît pas beaucoup. C'est vrai, elle a raison, mais ma tête cherche une explication et la seule qui retient mon attention est que tu dois être une fille!!! Comme j'ai eu deux garçons à partir du même moule, tu dois être une fille si ma bédaine n'est pas aussi grosse. Ce doute trotte dans mon esprit et me fait sourire à l'idée d'avoir une fille pour terminer la famille.

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20 semaines (28 janvier 2011)

Les semaines passent sans problème. On a survécut aux fêtes et au rhume qui a suivit. Nous sommes ENFIN à l'échographie de 20 semaines. Je suis encore toute petite, j'ai pris à peine 5 livres depuis le début de ma grossesse et je saurai ENFIN si tu es un garçon ou une fille.

J'ai appris que notre compagnie d'assurance ne remboursait plus les échographies dans les cliniques privées alors je me suis tournée vers le système de santé publique pour cette échographie de 20 semaines, c'est-à-dire l'hôpital de Gatineau. Je suis accompagnée de ton père. Il y a du retard dans les rendez-vous et nous en profitons pour faire des paris : il dit que tu es un garçon, je pense que tu es une fille. Ton père me dit : "ne sois pas déçue si c'est un garçon. L'important est qu'il soit en santé!"

C'est évident! C'est tout ce qui compte : un garçon ou une fille, on s'en fout, c'est juste pour faire parler les gens, ce qui compte c'est la santé!

Notre tour arrive enfin. Dès le début de l'examen, je mentionne qu'on veut connaître le sexe. La technicienne prend ses mesures. Elle ne semble pas très expérimentée pour les mesures des bébés. Elle reprend plusieurs fois la même image. Elle dit qu'elle n'est pas satisfaite et va chercher une collègue. Celle-ci fait les images manquantes. Je ne manque pas ma chance de demander le sexe mais on me dit que le bébé est mal placé (derrière mon nombril) et qu'on ne peut pas voir... Dommage! Le radiologiste vient compléter l'examen et quand c'est terminé, il me dit que le bébé est mal placé, qu'il n'est pas échogène, qu'il y a beaucoup d'ombres et qu'ils n'arrivent pas à bien prendre leurs mesures. Il ajoute de ne pas m'inquièter, qu'il voit des tissus du cou épais et qu'il m'envoyait faire une échographie de deuxième niveau à l'hôpital d'Ottawa.

Je suis en larmes! Il veut me rassurer mais tout ce qu'il dit est du charabia. Comment veux-tu qu'une femme enceinte ne s'inquiète pas après un tel rapport?? Ton père ne s'inquiète, d'après lui, c'est la mauvaise technologie de l'hôpital de Gatineau qui est responsable, tu es correcte et on verra bien dans 2-3 semaines quand on va aller à Ottawa.

Je retourne au travail en larmes. Il y a un dîner-pizza et je pense que je suis assez forte pour aller chercher mes pointes déjà payées mais quand ma collègue me demande le sexe du bébé, je me sauve en pleurant à chaudes larmes. Je pleure tout l'après-midi. Je fouille sur Internet ce que veut dire des "tissus du cou épais". Je découvre que c'est un signe de la trisomie. Et je pleure encore plus. Je n'ai personne à qui parler, ton père pense que tout va bien. Juste y penser me brise mon coeur de mère.

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21 semaines

Le mardi suivant, je rejoins ma sage-femme et lui dit que ça presse, je veux un rendez-vous au plus vite à l'hôpital d'Ottawa pour une deuxième échographie. Elle ne comprend pas, elle a les résultats de mon prénatest et tout est beau. Il n'y a pas de pli nuccal, mes chances d'avoir un enfant trisomique sont de 1/3000, combiant mon âge et mes prises de sang. C'est très rassurant d'entendre ça. Mon coeur est soulagé et je me dit que finalement, c'est juste de la faute de l'équipement poche de l'hôpital de Gatineau s'ils n'ont pas bien pris leurs mesures.

L'Hôpital général d'Ottawa m'appelle pour fixer un rendez-vous la semaine suivante. Mais mon coeur est léger, je ne m'en fait plus, la vie est belle. En j'aurai une autre chance de savoir si tu es un garçon ou une fille.

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22 semaines

- Mardi, le 8 février
J'ai pris congé parce que je me rends à la Maison de naissance pour mon suivi de grossesse mais également pour faire mon test de diabète de grossesse. Je suis à jeûn, on fait une première prise de sang, je bois leur potion magique, on fait le suivi, on entend ton coeur, mesure ma bédaine, prend mon poids (encore seulement 5 lbs de pris). Quand vient le temps de la deuxième prise de sang, il faut 3 sages-femmes et près d'une demie-heure pour faire sortir quelques gouttes de sang. C'est de la vraie torture mais je tiens le coup. À la troisième prise de sang, c'est tout aussi pénible. Avant de partir, je répète à ma sage-femme que je suis rassurée sur l'échographie à venir et que tout va être correct.
Je retourne à la maison, je dine et je dors tout l'après-midi! Quand tes frères arrivent de la garderie, Olivier me dit qu'il a mal au ventre mais que ça va passer. Il ne demande pas de collation et juste avant le souper, il vomit tout son dîner. Merde, la gastro vient d'entrer dans notre maison!

Olivier est malade une autre fois en soirée. De tout évidence, il n'ira pas à la garderie demain, ce qui veut dire que ton père ne pourra venir avec moi à l'échographie, comme prévu. C'est pas grave, tout ira bien et j'en aurai la confirmation demain.

- Mercredi, le 9 février
Charlie n'est pas malade et va à la garderie alors que ton père va travailler en matinée. Je passe une belle matinée avec Olivier qui n'est plus malade. Quand ton père revient sur l'heure du midi, il n'est pas en forme... la gastro fait une autre victime dans la famille.

Je pars seule pour l'hôpital général d'Ottawa. Mon rendez-vous est à 13h30. Il y a deux techniciennes qui font mon échographie. Dès le départ, je dis que je veux connaître le sexe. Encore une fois, c'est impossible. L'examen est long, je commence à me sentir mal. Après une heure et demie à me faire écraser l'estomac, rien ne va plus. La gastro fait une troisième victime... Finalement, on m'installe dans une salle ou je dois attendre le médecin pour son rapport final. J'attends, j'attends, j'attends près d'une heure ou rien ne va plus pour mon estomac... Finalement, le médecin arrive et me dit qu'ils ont bien vu un pli nuccal, que le fémur est court et qu'il manque un rein. Ouf! Elle me déballe tout ça comme une douche froide. Je pleure et j'ai mal à mon coeur de mère. Elle me dit qu'elle a pris rendez-vous pour une amniocentèse dès le lendemain, 9h30. Parce que s'il y a une anomalie, est-ce que je veux le garder?? Sans réfléchir, je dis non. Bien sûr que non, je ne veux pas garder un enfant lourdement handicapé. Elle me répète qu'avant mon rendez-vous, je dois absolument rencontrer les gens de la génétique au CHEO (Children's Hospital of Eastern Ontario).

J'appelle mon mari, en larmes, pour lui raconter cet horrible épisode. Il n'en croit pas ses oreilles (lui qui croyait dès le départ que tout allait bien). Il me dit de rentrer prudement.

Je marche jusqu'à mon auto, déblaie l'auto d'une fine couche de neige et vomit dans le stationnement de l'hopital. Il est 16hrs, je suis à l'autre bout de la ville, je suis malade, anéantie et ça me prend une heure à me rendre à la maison. En arrivant, j'embrasse mes enfants, mes deux trésors et fond en larmes.

La gastro a fait une victime : la gardienne des enfants. La garderie est donc fermée pour le reste de la semaine et nous n'avons pas d'option de gardiennage. Ton père ne pourra pas m'accompagner à mon rendez-vous le lendemain. Je contacte une amie et lui demande de prendre congé pour m'accompagnée. Ébranlée, elle accepte.

- Jeudi, le 10 février
Je me suis présentée vers 9h en génétique au CHEO. Une conseillère en génétique m'a reçue dans son bureau et m'a expliquée que tu ne suivais aucun pattern particulier. Tu avais un pli nuccal mais mon prénatest était négatif, alors les risques de trisomie étaient à la fois possible et écartés. Tu étais petit (les mesures correspondent à un bébé de 20 semaines et non 22 semaines), tous tes os étaient courts mais ton abdomen était plus grand, ce qui est asymétrique. Tu peux être un nain mais il n'y a aucun moyen de le savoir. Le pli nuccal aurait pu être le résultat d'une condition cardiaque mais ton coeur était en pleine forme à l'échographie de la veille. Tu as un seul rein mais bien des gens vivent avec un seul rein sans problème. Enfin, l'étude des chromosomes, allait sans doute nous donner des réponses mais pas nécessairement. Tant d'incertitude mais tellement d'angoisse.

L'amniocentèse a été douloureuse mais nous y avons survécut tous les deux! C'est à ce moment que j'ai su que tu étais un garçon. Et j'ai versé quelques larmes parce que tu n'avais pas de prénom. Avec tout les tracas du quotidien, nous ne t'avions pas trouvé de nom provisoire... Les risques de fausse-couche étaient écartés après 24 heures et à part des crampes, il n'y a pas eu de travail prématuré. Il nous faut maintenant attendre les résultats et vivre un temps d'arrêt obligé. Un temps ou rien d'autre que le moment présent ne compte. Il n'y a plus de plan de vacances, plus de congé de maternité en vue, plus d'achat de meuble pour la chambre des plus vieux en prévision de ton arrivée, plus rien. Même plus le bonheur de te savoir avec nous. Je vis dans l'ambivalence complète: je ne sais plus si je t'aime, je ne sais plus si je suis contente de te sentir bouger. L'attente est difficile et on essaie de ne pas y penser.

- Vendredi, le 11 février
À l'heure du souper, la conseillère en génétique nous annonce qu'ils ont les résultats préliminaires de l'étude des chromosomes. Tu n'es pas atteint de la trisomie et tu es bel et bien un garçon. Quel soulagement! Mais en même temps, si tu avais été atteint de la trisomie, nous aurion sû quelle était la suite des choses alors que là, on retournait dans l'attente, l'angoisse, le questionnement, l'incertitude et le temps d'arrêt obligé.

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23 semaines

J'ai réussi a passer à travers la fin de semaine, car avec deux enfants, on n'a pas vraiment le temps de penser à autre chose. Lundi au travail s'est bien passé. Mais mardi, la conseillère en génétique m'appelle au travail pour me convoquer à un autre rendez-vous, avec ton père cette fois. Ils n'ont pas reçu de résultats mais aimerait discuter des possibilités avec nous. De plus, la généticienne sera présente au rendez-vous pour répondre à nos questions. Juste cet appel fait remonter à la surface les sentiments d'angoisse et de peine. La fin de la journée est difficile.

- Jeudi, le 17 février
Une semaine après l'amniocentèse, on rencontre de nouveau les gens de la génétique au CHEO. Cette rencontre est des plus difficiles émotivement.

(À suivre...)

5 commentaires:

Catherine 11:58 PM  

mmmm je me doutais qu'il y avait quelque chose... ton silence en disait long...

Je suis terriblement désolée d'apprendre ce que tu as vécu ces derniers mois.. et ce que tu continue de vivre.

ton récit est rempli de force et d'amour que seule une mère peut exprimer malgré la peur et la peine qui l'habite..

j'attend la suite de ton histoire avecpatience et pense très très fort à toi!

Mynaï 9:47 AM  

Donc ton silence laissait effectivement présager quelque chose...

Visiblement quelque soit la suite du récit vous avez vécu et vivez une situation des plus difficile. Désolée de l'apprendre.

Une pensée pour toi et ta famille.

xx

Karine 11:37 AM  

....

Ouf...

Ysa_la_tite_mere 2:03 PM  

je te fais un gros calin
xxx

Capucine 1:49 PM  

@Catherine: Merci pour les bons ots, ca me fait du bien!

@Mynai: le silence était difficile a porter, c'est pourquoi je me libère de cette histoire ici.

@Karine: ouf, en effet. Tout ce que je peux dire c'est que le mois de février a été des plus difficiles émotivement, de vraies montagnes russes que je ne souhaite a personne.

@Ysa: merci, ça fait du bien!

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